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THE PIECES 

Spider Galaxies (2011)

Press

Le Temps-Sortir - 03-16.03.2011- Article

GILLES JOBIN, CHORÉGRAPHE DANS L’ESPACE

Par Marie-Pierre Genecand
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Place au mouvement total avec la dernière création du lausannois "Spider Galaxies".

Quand il répétait Spider Galaxies, en décembre dernier, dans son studio genevois de la Coulouvrenière, Gilles Jobin utilisait des métaphores scientifiques pour décrire le travail qu’il menait avec ses quatre interprètes. Il parlait d’atomes, de spirales et d’accélérateurs de particules. De quoi suggérer la vitesse d’exécution et la fluidité de mouvements qu’il demandait à ses danseurs, choisis jeunes et très bons techniquement pour atteindre cette excellence dans l’enchaînement. De fait, sur le tapis de danse, les deux couples filles-garçons proposaient des combinaisons acrobatiques, tours de passe-passe où le dos de l’un servait d’appui à l’autre, la jambe faisait levier, les corps s’enchevêtraient, cherchant un coulissage identique aux nappes sonores de Cristian Vogel, compositeur fétiche de Gilles Jobin.
Fils d’un peintre abstrait, Gilles Jobin pratique une danse qui préfère la sensation au sens. depuis Moebius Strip en 2011, le chorégraphe lausannois a prouvé qu’il maîtrisait parfaitement ce langage de marches, textures et autres tissages chorégraphiques. Face au succès critique et public, les tournées mondiales s’enchaînent elles aussi. L’abstraction, plébiscitée, est le terrain privilégié de l’artiste.
Même si, en 2008, Text To Speech se montrait plus explicite. Questionnant l’information continue, cette création traduisait visuellement le phénomène de la Toile avec un maillage de cordes tendues et diffusait de faux flashs infos plutôt acides annonçant la Suisse en guerre et les multiples conséquences sur la population. Avec ce spectacle, on retrouvait un peu de Gilles Jobin provocateur des années 1990, celui qui codirigeait l’Usine à Genève et proposait des créations plus frontales et politiques.
Rien de tel avec Spider Galaxies. Dans cette nouvelle pièce présentée aux prochaines Journées de danse contemporaine suisse, puis à Annecy avant e revenir à Lausanne et Genève en avril, Gilles Jobin abandonne toute tentative de narration, "ouvrant d’autres territoires à la pensée", annonce-t-il sur son site. "Sur le plateau, les corps déroulent les mouvements jusqu’à leur point d’exténuation. Les pas sont tantôt rapides et courts, tantôt d’une lenteur extrême, et toujours fluides. Nous ne savons pas où ils nous mènent, mais leur attraction est irrésistible, comme s’ils nous apprivoisaient, nous révélant des partitions secrètes. Le corps devient une matière totale, spatiale et littéralement sensationnelle". Un voyage dans un certain espace qui est aussi sonore grâce aux compositions électroniques de Cristian Vogel, tandis qu’aux éclairages le très fin Daniel Demont "décompose le spectre". Galactique.