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THE PIECES 

Spider Galaxies (2011)

Press

24 Heures - 29.03.2011 - Article

GILLES JOBIN A LA TÊTE DANS LES ÉTOILES

By Jean-Pierre Pastori/24H
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Après Black Swan, Gilles Jobin s’engage toujours plus dans l’exploration du mouvement et de la sensation avec Spider Galaxies.

Le chorégraphe lausannois crée demain Spider Galaxies à l’Arsenic : une pièce abstraite pour offrir à la pensée des territoires infinis à explorer.

"Certains disent que c’est ma meilleure pièce". Gilles Jobin leur laisse la responsabilité de cette affirmation. Mais il n’est pas mécontent de Spider Galaxies, sa dernière création, à l’affiche de l’Arsenic dès demain. "En tout cas, c’est la pièce qui m’a demandé le plus de travail". Cinq mois de répétition dans ses studios genevois. C’est d’ailleurs à Genève qu’il a trouvé la matière de base de cette chorégraphie. Le collisionneur d’hadrons du CERN, ce gigantesque accélérateur de particules, lui a offert à la fois le rêve de l’infiniment petit et la prescience de l’infiniment grand.
De cette confrontation avec le "mystico-scientifique", comme il dit, est donc née Spider Galaxies, une pièce abstraite. Il le souligne. Et autour de lui, on insiste : "Il conçoit de complexes générateurs d’abstraction figurative". Gilles Jobin n’est pas fils de plasticien pour rien. Là, il "se concentre essentiellement sur le mouvement sans structure narrative, ouvrant ainsi d’autres territoires à la pensée". La physique nucléaire lui paraît source de "questionnement existentiel".

Photographies, vidéos...
Curieusement, pour aboutir à cette abstraction, Gilles Jobin a réuni un important matériel. Pour lui et pour ses quatre danseurs : des photographies, des vidéos... Partir du concret pour aller à l’abstrait. Spider Galaxies marquerait-elle un tournant dans son œuvre? "Non, mes dernières pièces m’amenaient vers le mouvement. Déjà Black Swan n’était plus narrative. Mais, à la différence de Spider Galaxies, elle était constellée d’événements".
Ici donc, pas d’événements mais du mouvement. Et la sensation plutôt que le sens. La musique a aussi quelque chose de "galactique". Elle a été composée à quatre mains par Carla Scaletti et Cristian Vogel. Ce dernier - à compter de Two-Thousand-And-Three (2003) - s’est étroitement associé à toutes les créations de Jobin. Huit. Au point d’assurer l’accompagnement musical "live" des représentations de Spider Galaxies. Le chorégraphe se plaît aussi à relever la fidélité de ses interprètes, "des danseurs magnifiques". Pour avoir travaillé ponctuellement avec des compagnies institutionnelles comme le Ballet de Genève ou le Ballet Gulbenkian, il n’en apprécie que plus la collaboration suivie avec des danseurs rompus à son style. "Les danseurs contemporains sont davantage chercheurs que les classiques". Raison pour laquelle Gilles Jobin ambitionne de se doter d’une structure permanente. "Actuellement, j’engage mes danseurs pour une création ou pour une tournée. Je compte pouvoir leur proposer bientôt des contrats garantissant un taux d’occupation de 70%. J’espère être à même de leur offrir plus de permanence et moins d’intermittence".
Car la petite entreprise de Gilles Jobin ne connaît pas la crise... Sitôt après les représentations lausannoises, ce sera Genève, puis Damas et Beyrouth... Un changement à la tête du Théâtre de la Ville, à Paris - haut lieu de la danse contemporaine -, l’a privé des coproductions prestigieuses qui n’ont pas contribué pour rien à sa renommée internationale. Mais le chorégraphe prend les choses avec détachement. Son esprit combatif est garant de son futur. Il n’est pas bon bec que de Paris! Après tout, il y a toute une galaxie...

Lausanne, Arsenic
De demain jusqu’au di 3 avril
Rens : 021 625 11 36
www.theatre-arsenic.ch
Genève, Théâtre de l’ADC
Du me 6 au di 17 avril
Rens : 022 320 06 06
www.adc-geneve.ch
www.gillesjobin.com

TRAJECTOIRE DÉCAPANTE
Le lausannois Gilles Jobin (47 ans) poursuite avec un même bonheur créations et diffusion de spectacles.

Né à Lausanne en 1964, formé à Genève et à Cannes, Gilles Jobin débute chez Philippe Saire et se perfectionne auprès de Fabienne berger. En 1993, avec Yann Marussich et Anne Rosset, il assure la codirection du Théâtre de l’Usine, à Genève. Il est aux premières loges pour observer la manière dont travaillent les chorégraphes invités. Et il se lance à son tour, se réglant des solos décapants. Sa rencontre avec la chorégraphe déjantée La Ribot - qu’il épouse et dont il aura deux enfants - a valeur de détonateur. Les deux danseurs s’installent à Madrid puis à Londres.
En 1997, premier coup d’éclat : A+B=X, dans lequel il développe une approche personnelle de la nudité scénique, lui ouvre les portes de l’Arsenic, à Lausanne, puis du Théâtre de la Ville. Gérard Violette, qui a fait de ce théâtre parisien un haut lieu de la danse contemporaine, s’intéresse tant à son travail qu’il coproduit ses grandes créations suivantes, telles Braindance (1999) et The Moebius Strip (2001). En véritable "activiste" de la danse, Gilles Jobin collabore avec le performer extrême Franko B avant de présider l’Association vaudoise de danse contemporaine, où es prises de position radicales secouent. Il entame aussi de fructueuses collaborations avec les musiciens Franz treichler (The Young Gods) et Cristian Vogel.
Genève lui assurant de meilleures conditions de travail (à commencer par un grand studio), Jobin quitte la rue ... de Genève 57, où l’Arsenic lui offrait une résidence, pour la Coulouvrenière 44. Il établit au surplus une association avec Bonlieu, la scène nationale d’Annecy. Et poursuit avec un même bonheur création et diffusion - avec des passages dans les festivals les plus prestigieux.