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THE PIECES 

Spider Galaxies (2011)

Press

Libération - 14.04.2011 - Critics

ATTRACTION GALACTIQUE

By Marie-Christine Vernay
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Gilles Jobin présente une pièce réglée comme une horloge.

C’est une pièce qui n’a rien de sensationnel. Pourtant, tout Gilles Jobin s’y tient, dans la complexité de son écriture, sa maniaquerie du détail, sa façon de laisser aller le mouvement jusqu’à sa perte, son exténuation. Si le chorégraphe n’était suisse, on pourrait dire que Spider Galaxies est réglée comme une horloge et que l’auteur nous conduit à écouter le moindre clic des rouages de son espace mental.
Cette pièce, présentée à la scène nationale d’Annecy où il est en résidence et qui passera en juin à Lille - renoue avec une certaine "abstraction figurative", selon les mots du chorégraphe. On passe du micro d’une caresse au méga d’un envol, d’une superstructure concoctée comme un freeze par les quatre danseurs (Susana Panadès Diaz, Isabelle Rigat, Louis-Clément da Costa et Martin Roehrich).

Fragments
Comme le peintre procède par touches de lumière, Gilles Jobin semble cliquer sur des fragments épars pour créer sa propre toile. Il ne propose pas de forme définitive, mais plutôt des situations protéiformes, où les êtres semblent surpris, flashés. Chaque danseur a sa propre partition et ne quitte jamais le plateau. Le chorégraphe, en guetteur, se trouve à chaque point de connexion. Comme il le fait sur facebook, qu’il pratique régulièrement, il cherche, à partir des vignettes, à trouver les endroits de rencontre, de friction. C’est beaucoup mieux sur scène, car tout est amplifié. La lumière de Daniel Demont, qui tient au départ dans le creux de la main des interprètes, se répand bientôt dans es couleurs franches, expansées sans complexe, qui ne cachent pas la danse mais lui donnent un relief irréel. les costumes de la styliste Karine Vintache sont de véritables habits, jusque dans les plis gracieux ou une culotte Disney qui fait son effet. Quant à la musique de Cristian Vogel, à laquelle on n’a guère le temps de prêter attention, elle fonctionne, en une seule et même phrase de partition solitaire, comme l’est la danse.

Hippocampes
On ne saurait énumérer tous les micro-événements qui foisonnent dans le spectacle, renvoyant en un déclic au postmodernes américains, aux clips, à la bande dessinée. Cela pourrait n’être que confusion mentale, déroute, fragments, mais le chorégraphe, fils de peintre, tient le pinceau et la palette et trace clairement les chemins de sa galaxies ouverte. Les corps y ont un nouveau statut. Leur sexualité est errante. Ils sont hippocampes, escargots, se collent, se posent les uns sur les autres, puis décampent. L’attention est constamment sollicitée pour notre plus grand plaisir et notre curiosité.
Se prendre les pieds dans cette toile est un bonheur. Gilles Jobin est un drôle de gars, un malin et un tenace. Spider Galaxies le certifie. On a bien affaire à un auteur et à un ardent défenseur de la danse contemporaine, qui aujourd’hui souffre trop d’ébauches.