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THE PIECES 

Spider Galaxies (2011)

Press

L’Orient du Jour - 03.05.2011 - Critics

GILLES JOBIN, OU LA DANSE VIDÉE DE TOUTE SUBSTANCE NARRATIVE

By Edgar Davidian
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Bipod - Clôture du Festival de la danse contemporaine qui s’est tenu à Beyrouth entre le 14 et 30 avril avec le chorégraphe suisse Gilles Jobin et son spectacle « Spider Galaxies » (« Galaxie araignée ») au Masrah al-Madina. Entre lyrisme froid, figures abstraites et mobiles, géométrie dans l’espace, une danse contemporaine vidée de toute substance narrative...

Une scène nue, balayée par une lumière verdâtre. Quatre danseurs pieds nus. Deux garçons, en tee-shirts moulants et jeans près du corps, et deux filles, l’une en robe ultracourte et l’autre en blouse longue aux approximations d’un baby-doll révélant les galbes des jambes jusqu’au bas des fesses... Habits quotidiens pour une danse tout compte fait dans l’air du temps.

Sur une musique intense, rythmée, percussive, habitée de bruits de toutes sortes, entre tuf-tuf de trains et chuintements de balles, sirènes mugissantes ou décibels speedés, cris d’une forêt tropicale ou rumeurs d’une ville agitée, les danseurs sont comme des aiguilleurs du ciel, donnant des signaux et tissant une toile (est-ce cela l’araignée?) à travers des gestes et des pirouettes imprévisibles, libres, fantasques, fantaisistes, tout en étant souvent d’une précision toute mécanique en se pliant à la rigueur et la discipline.

La richesse de la partition sonore on la doit à deux compositeurs modernes, Cristian Vogel et surtout Carla Scaletti, une pionnière et une intrépide avant-gardiste de la musique électronique. Partition surprenante (autant que les pas de la danse qui s’emboîtent parfaitement dans ces notes jaillies des ordinateurs et des synthétiseurs) où le sens de la mélodie est délibérément ignoré en faveur des cadences, des rythmes et surtout d’étranges associations sonores comme vrombissements, plombs qui pètent, éboulements assourdissants, tintamarre organisé.

Les danseurs évoluent entre une sensualité maîtrisée (avec eux le Kama Sutra serait un guide sexuel d’une déplorable sécheresse!) et les extravagances du corps qui va puiser dans toutes les gymnastiques, contorsions, funambulisme et acrobaties pour exprimer des figures abstraites mais vides de vie.

Soixante minutes pour des corps certes malléables, souples, agiles et adroits, mais où la vie semble absente. Un spectacle à l’expression gestuelle pointue quand elle n’est pas grinçante et où, entre tremblements au sol, secousses d’épileptiques, jambes vertement écartées, corps agglutinés ou se séparant, copulations lentes ou hâtives, la danse reste ici une exploration de l’horizontalité ou de la verticalité. Pour des figures toujours abstraites, même si on veut y trouver certaines connotations tous azimuts...